Dispositions spécifiques aux différents types daide sociale |
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REVENU MINIMUM DINSERTION (RMI) | ||
Mots clés : Revenu minimum dinsertion (RMI) - Indu - Situation matrimoniale - Ressources - Décision - Autorité de la chose jugée |
Dossier no 130027
Mme X...
Séance du 27 mai 2014
Décision lue en séance publique le 24 juin 2014
Vu le recours en date du 30 octobre 2010 formé par Mme X... qui demande lannulation de la décision en date du 29 juin 2010 par laquelle la commission départementale daide sociale de Vaucluse a rejeté le recours tendant à lannulation de la décision en date du 16 février 2010 du président du conseil général lui refusant toute remise gracieuse sur un indu de 12 377 euros résultant dun trop-perçu dallocations de revenu minimum dinsertion décompté sur la période de mai 2007 à février 2009 ;
La requérante conteste la décision ; elle demande une remise ; elle fait valoir que M. X..., à sa sortie de prison, nest pas revenu vivre avec elle mais quil a été hébergé pas sa mère ; que son mari a conservé son adresse pour ses démarches administratives ; quelle avait engagé une procédure de séparation en 2005 qui a été interrompue ; quelle a engagé une nouvelle procédure en 2010 ; quelle perçoit 426 euros dindemnités de la CPAM et que son mari lui verse une pension de 254 euros pour son fils à charge ;
Vu le mémoire en défense en date du 29 novembre 2012 du président du conseil général de Vaucluse qui indique que M. X... na pas quitté le domicile familial ; quil a perçu des salaires de 17 363 euros en 2005, 23 093 euros en 2006, et 20 871 euros en 2007 ; que Mme X... na jamais déclaré les ressources du foyer ; que le président du conseil général a appliqué larticle L. 262-41 du code de laction sociale et des familles ;
Vu le mémoire en réplique de Mme X... en date du 8 février 2013 qui indique quelle na pas effectué de fausse déclaration dans la mesure où, par jugement en date du 29 mai 2012, le tribunal correctionnel dAvignon la relaxée suite à une plainte de la caisse dallocations familiales concernant lobtention de prestations ou allocations familiales indues ; que le jugement pénal simpose ; que le litige relatif au remboursement de lallocation personnalisée au logement est pendant devant le tribunal des affaires de sécurité sociale ; quil ny a pas de vie maritale entre elle et M. X... ; quelle se trouve en situation de précarité ;
Vu le second mémoire en défense en date du 27 février 2013 du président du conseil général de Vaucluse qui indique que la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel dAvignon opposait la requérante à la caisse dallocations familiales et non au département et ne concernait pas le revenu minimum dinsertion ; le président du conseil général de Vaucluse confirme ses précédentes conclusions ;
Vu la décision attaquée ;
Vu les autres pièces produites et jointes au dossier ;
Vu le code de laction sociale et des familles ;
Les parties ayant été régulièrement informées de la faculté qui leur était offerte de présenter des observations orales ;
Après avoir entendu à laudience publique du 27 mai 2014, M. BENHALLA, rapporteur, et après en avoir délibéré hors la présence des parties, à lissue de la séance publique ;
Considérant quaux termes de larticle L. 262-41 du code de laction sociale et des familles : « Tout paiement indu dallocations ou de la prime forfaitaire instituée par larticle L. 262-11 est récupéré par retenue sur le montant des allocations ou de cette prime à échoir ou, par remboursement de la dette selon des modalités fixées par voie réglementaire. Toutefois, le bénéficiaire peut contester le caractère indu de la récupération devant la commission départementale daide sociale dans les conditions définies à larticle L. 262-39 (...). Les retenues ne peuvent dépasser un pourcentage déterminé par voie réglementaire. La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manuvre frauduleuse ou de fausse déclaration » ; quaux termes de larticle R. 262-3 du même code : « Les ressources prises en compte pour la détermination du montant de lallocation de revenu minimum dinsertion comprennent, (...) lensemble des ressources, de quelque nature quelles soient, de toutes les personnes composant le foyer (...) » ; quaux termes de larticle R. 262-1 du même code : « Le montant du revenu minimum dinsertion fixé pour un allocataire en application de larticle L. 262-2 est majoré de 50 % lorsque le foyer se compose de deux personnes et de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer à condition que ces personnes soient le conjoint, le partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou le concubin de lintéressé ou soient à sa charge (...) » ;
Considérant quaux termes de larticle L. 262-35 du même code : « Le versement de lallocation est subordonné à la condition que lintéressé fasse valoir ses droits aux prestations sociales légales, réglementaires et conventionnelles (...) ». En outre, il est subordonné à la condition que lintéressé fasse valoir ses droits aux créances daliments qui lui sont dues au titre des obligations instituées par les articles 203, 212, 214, 255, 282, 334, et 342 du code civil ainsi quà la prestation compensatoire due au titre de larticle 270 dudit code et aux prestations accordées par le tribunal à lépoux ayant obtenu le divorce dont la requête initiale a été présenté avant lentrée en vigueur de la loi no 75-617 du 11 juillet 1975 portant réforme du divorce... » ;
Considérant quaux termes de larticle 212 du code civil : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » ;
Considérant quil résulte de linstruction, que Mme X... a été admise au bénéfice du revenu minimum dinsertion en mai 2005 au titre dune personne isolée avec deux enfants à charge ; que suite à un contrôle de la caisse dallocations familiales le 2 février 2009, il a été constaté que M. X... navait pas quitté le domicile conjugal ; quil y était domicilié auprès de ses employeurs et quil sacquittait du montant du loyer ; que les avis dimposition pour les années 2005 à 2007 étaient établis aux noms des deux conjoints ; quil sensuit que la caisse dallocations familiales, par décision en date du 4 mai 2009, a mis à la charge de Mme X... le remboursement de la somme de 12 377 euros, à raison dallocations de revenu minimum dinsertion indûment perçues pour la période de mai 2007 à février 2009 ;
Considérant que si une demande de séparation de corps entre Mme X... et M. X... a été faite en 2005, celle-ci a été interrompue et na donc pas été suivie deffet ; quen labsence dune séparation actée par le juge, il y a lieu de considérer que la situation Mme X... durant la période litigieuse est régie par larticle 212 du code civil susvisé ; quil suit de là que lindu qui a été motivé par le défaut de prise en compte des salaires perçus par M. X... est fondé en droit ;
Considérant quil appartient aux juridictions de laide sociale de se prononcer non seulement sur le bien-fondé des décisions mettant un indu à la charge dun bénéficiaire du revenu minimum dinsertion, mais aussi, le cas échéant, sur la nature dune demande de remise gracieuse ; que lintervention de leur appréciation à cet égard nest pas subordonnée à la décision préalable du juge pénal ; quainsi les conclusions présentées par Mme X... à cet effet sont infondées ;
Considérant en premier lieu quil résulte des dispositions combinées des articles L. 262-39 et L. 262-41 du code de laction sociale et des familles quil appartient aux commissions départementales daide sociale puis, le cas échéant, à la commission centrale daide sociale, dapprécier si le paiement indu de lallocation de revenu minimum dinsertion trouve son origine dans une manuvre frauduleuse ou une fausse déclaration, et ne peut, par suite, faire lobjet dune remise gracieuse ; que toute erreur ou omission déclarative imputable à un bénéficiaire du revenu minimum dinsertion ne peut être regardée comme une fausse déclaration faite dans le but délibéré de percevoir à tort le revenu minimum dinsertion ; quen lespèce, Mme X... a, de bonne foi, confondu le régime juridique du mariage avec celui de la vie maritale ou du concubinage tels que défini par la jurisprudence ;
Considérant en second lieu que pour lapplication des dispositions précitées relatives à la procédure de remise gracieuse résultant de paiement indu dallocations de revenu minimum dinsertion, il appartient à la commission départementale daide sociale en sa qualité de juridiction de plein contentieux, non seulement dapprécier la légalité des décisions prises par le président du conseil général mais encore de se prononcer elle-même sur le bien-fondé de la demande de lintéressée daprès lensemble des circonstances de fait dont il est justifié par lune ou lautre partie à la date de sa propre décision ; quen lespèce, la commission départementale daide sociale de Vaucluse a rejeté le recours au motif du bien-fondé de lindu sans répondre au moyen tiré par Mme X... de sa situation de précarité ; quainsi, elle a méconnu sa compétence et commis une erreur dappréciation ; que sa décision doit, par suite, être annulée ;
Considérant quil y a lieu dévoquer et de statuer ;
Considérant que Mme X... affirme, sans être contredite, quelle est malade ; quelle verse au dossier une ordonnance en date du 25 mars 2011 du tribunal de grande instance dAvignon, confirmée en appel par la cour dappel de Nîmes par arrêt du 31 octobre 2012, qui prononce la non-réconciliation entre elle et M. X... ; quelle perçoit 426 euros dindemnités de la CPAM et que son mari lui verse une pension de 254 euros pour son fils à charge ; que les capacités contributives de lintéressée sont donc limitées et le remboursement de la totalité de lindu ferait peser de sérieuses menaces de déséquilibre sur son budget et constituerait une situation de privation matérielle grave sur une longue période ; quil sera fait une juste appréciation de la situation de Mme X... en lui accordant une remise de 60 % sur lindu dallocations de revenu minimum dinsertion de 12 377 euros qui lui a été assigné,
Décide
Art. 1er. - La décision en date du 29 juin 2010 de la commission départementale daide sociale de Vaucluse, ensemble la décision en date du 16 février 2010 du président du conseil général, sont annulées.
Art. 2. - Il est accordé à Mme X... une remise de 60 % sur lindu dallocations de revenu minimum dinsertion de 12 377 euros qui lui a été assigné.
Art. 3. - Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Art. 4. - La présente décision sera notifiée à Mme X..., au président du conseil général de Vaucluse. Copie en sera adressée à la ministre des affaires sociales et de la santé.
Délibéré par la commission centrale daide sociale dans la séance non publique, à lissue de la séance publique du 27 mai 2014 où siégeaient Mme HACKETT, présidente, M. VIEU, assesseur, M. BENHALLA, rapporteur.
Décision lue en séance publique le 24 juin 2014.
La République mande et ordonne à la ministre des affaires sociales et de la santé, et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à lexécution de la présente décision.
La présidente | Le rapporteur |
Pour ampliation
La secrétaire générale
de la commission centrale daide sociale,
M.-C. Rieubernet